Quand l'espace n'était pas une denrée rare et un sujet de conversation

Imaginez-vous lors d'un cocktail ou peut-être allant accompagner vos collègues assister à un match de football... Sur quels sujets va rouler la conversation? Vous avez parlé de votre entreprise. Une nouvelle plate-forme de e-business! Vous avez parlé de votre portefeuille. "Je dois y aller prudemment". Avez-vous évoqué le plaisir que vous retirez d'évoluer dans l'entreprise avec un agencement de bureau confortable? Probablement pas. "La terre est précieuse, le capital également mais l'espace de travail, qui s'en souciait?" explique un ergonome basé chez anae.fr à Boulogne Billancourt. L'attitude générale consistait à organiser l'entreprise et à investir dans une banque d'accueil rassurante puis s'asseoir dans son fauteuil et regarder les matchs de football.

Nous savons maintenant comment cela se termine. Votre portefeuille est en baisse de 50%, votre prêt hypothécaire vaut plus que votre entreprise et votre compte d'épargne est à peine visible! La cloison amovible de bureau, quant à elle, fait un retour retentissant. Pas vraiment dans le sens statistique du terme, bien sûr. Nous sommes en récession, après tout: à 10%, le chômage n'a jamais été aussi élevé depuis 1983 alors les économies s'imposent. Mais en termes de psychologie professionnelle, et de bilan d'équipe, ce phénomène nous permet de redécouvrir la division mobile du travail comme constituant l'atout le plus précieux qu'une société peut posséder.

Entre 2000 et 2010, soutenue par l'évolution des prix des logements, la valeur des biens immobiliers détenus par les entreprises a plus que doublé. La trésorerie typique a cru de 30% grâce aux actifs financiers depuis 1990. Le trésor de guerre des entreprises nous a donné la confiance nécessaire pour être de bons consommateurs français. Dans le même temps, le taux de revenus a diminué et les économies des ménages ont chuté, jusqu'à ce que, grâce à la puissance des cartes de crédit et autres emprunts, le taux d'épargne devienne négatif.

Pendant tout ce temps, nous avons béatement ignoré un concept que les économistes aiment à qualifier de "capital humain". La connaissance théorique provenant de l'éducation et de la formation est certes intéressante. Mais nous pouvons extraire de la valeur non seulement de nos entreprises et de nos portefeuilles mais aussi de nous-mêmes. Le mécanisme d'extraction de cette valeur? Un emploi. Le revenu que l'on retire du travail, est équivalent au flux des revenus d'intérêts que vous pourriez obtenir d'un portefeuille boursier. Il faut se l'imaginer comme un dividende sur la richesse humaine. Le capital humain représente une grande valeur. En effet, dans une économie industrialisée moderne, 80% de la production économique d'une personne provient du capital humain, par opposition à la production d'un parc machines. Bien sûr, pendant les années de bulle (actions d'abord, puis immobilier commercial), les économistes ne conçoivent pas exactement la division et le cloisonnement des richesses de cette façon. Les individus étaient devenus fascinés par les avoirs virtuels qu'ils détenaient et ne se rendaient pas compte de l'atout crucial qu'ils avaient dans leur pouvoir d'achat.

La marée s'inverse maintenant. Pour corréler cette affirmation, nous allons vérifier avec le taux d'épargne. Après qu'il soit devenu négatif à la fin de 2005, il oscille en territoire légèrement positif depuis. Puis, l'année dernière, il a bondit à nouveau vers le haut. Au quatrième trimestre, nous ont épargné 3,2% de ce que nous avons gagné. Nous ne pouvons plus dévaluer nos chèques de paie, le traitement des revenus du travail comme une source alternative de la richesse. Les gens se rendent compte de leur travail est leur véritable source de stabilité financière et qu'ils doivent vivre selon les moyens de leur travail, et non pas selon l'anticipation de la valeur de leurs actifs. Nous allons commencer à regarder nos espaces différemment. Si c'est ce que vous faites au bureau tous les jours devient tout à coup votre bouée de sauvetage financière unique, vous allez l'aborder avec plus de prudence.

Dans cette nouvelle ère, un salaire prévisible est plus attrayant que le modèle casino des bonus et autres plus-values immobilières. Et posséder un emploi de fonctionnaire, l'un des derniers bastions de la sécurité, est encore mieux. Un jour, bientôt, vous pourriez vous retrouver parcourant une liste des professions les mieux rémunérées, et essayer de vous imaginer comme un actuaire. Et au lieu de dépenser des milliers de euros pour construire un nouveau pont, vous êtes plus susceptibles d'utiliser cet argent pour aménager au mieux votre bureau. Des experts en carrières prévoit un autre changement à venir. Si en tant que société, nous nous focalisons sur le travail, si l'on dote nos espaces, autant que nous l'avons fait pour nos portefeuilles dans une autre époque, alors nous devrons commencer à nous poser des questions plus profondes sur ce que nous faire.

Cela ressemble presque à une fin heureuse: l'économie chancelante a enfin tranché directement sur la façon dont nous devons valoriser notre travail. Dommage, que dans le même temps, trouver un emploi stable devienne de plus en plus difficile. Très souvent, nous ne connaissons pas la véritable valeur de ce que nous avons jusqu'à ce qu'elle disparaisse.